Aucun message portant le libellé Épargne. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Épargne. Afficher tous les messages

vendredi 1 juin 2018

Arrondir et investir avec Mylo

L'approche automatisée en épargne

Quand on me demande un conseil que je donnerais à quelqu'un qui veut reprendre ses finances en main, je réponds toujours : l’automatisation. En automatisant son épargne et ses paiements dès que l'argent entre dans le compte, on n'a plus à y penser et, de plus, on n'est pas tenté de tout dépenser! C'est l'approche que j'ai prise pour m'occuper de l'épargne-retraite et du paiement de divers dépenses régulières comme les assurances, les prêts, l'internet et Hydro-Québec.

En matière d'investissements et d’épargne, la tendance à l'automatisation est également bien présente. L'avènement des "robots-conseillers" permet de placer de l'argent en minimisant l'intervention humaine. La répartition des actifs (actions et obligations) est définie dès le départ et, à mesure qu'on épargne, l'argent est dirigé dans les bons actifs en conservant les proportions. Les frais de gestion pour ce genre de produit sont généralement faibles, ce qui veut dire plus d'argent pour vous à faire fructifier!

Mes placements chez Tangerine en sont un exemple. À chaque deux semaines, j'envoie automatiquement de l'argent dans un portefeuille de placements qui est rebalancé périodiquement sans que j'aie à intervenir. D'autres compagnies comme BMO, Wealthsimple ou Questrade offrent des services similaires. Le site québécois Hardbacon fait un excellent travail de comparaison à ce sujet.

Aujourd’hui, s’ajoutent aux robots-conseillers les logiciels d’épargne et de gestion des comptes de toute sorte, comme Mint. De mon côté, j'ai eu l'occasion d'essayer l'application Mylo, dont la vocation est de simplifier et d'automatiser l'investissement. Voici mon expérience.



Les débuts de Mylo

Il y a environ deux ans, un nouveau service de placements automatisés commençait à être développé par une équipe de Montréal. L'entreprise en démarrage (maintenant connue sous le nom de Mylo Financial Technologies inc) avançait le concept suivant : en arrondissant au dollar supérieur nos achats, on pourrait investir la différence. Cela donne tout son sens au dicton : c'est avec des cents qu'on fait des piasses !

Ils ont commencé par le développement d'une application pour le suivie des transactions des systèmes bancaires afin de créer un budget personnalise.  Par la suite, ils ont envoyé un appel à tous pour connaître les gens intéressés à participer à la phase beta du projet. En juin 2017, Mylo fait l'acquisition de Gestion d'actifs Tactex, un société de gestion du patrimoine qui s'occupera alors d'investir l'argent des usagers de Mylo dans des fonds négociés en Bourse. Une application iOS a d'abord été lancée, mais étant un usager Android, j'ai dû attendre un peu avant de pouvoir l'essayer. C'est finalement en octobre 2017 que j'ai commencé à utiliser leurs services.



Au dollar près avec Mylo - Comment ça marche?

L'application est téléchargeable sur iOS et sur Android. Une fois lancée, l’application nous demande des informations personnelles afin d’ouvrir un compte d'investissement. Par la suite, on répond à quelques questions pour établir notre profil d'investisseur : le niveau de connaissances en investissements, le niveau de risque qu'on est prêt à assumer pour obtenir un certain rendement, la réaction qu'on aurait face à une chute des marchés. Les réponses à ces questions permettent de définir un profil et de déterminer comment l’argent sera investi.

L'étape suivante est de lier nos comptes bancaires et de cartes de crédit avec l’application. Au minimum, on doit fournir un compte-chèques.  Mylo surveille les transactions dans les comptes liés et prend note de l'arrondissement au dollar supérieur associé à chacune des transactions. (Par exemple, si je fais un achat de 3.45$, Mylo comptabilise 0.55$.) À noter que si le compte est conjoint, toutes les transactions sont comptabilisées, peu importe qui l’effectue.






Dans mon cas, le portefeuille suggéré était constitué à 60% d'actions, majoritairement canadiennes, et à 40% d'obligations. Ceci correspond à un portefeuille modéré-agressif, contenant plusieurs fonds négociés en Bourse dans ces mêmes proportions. Ces fonds suivent une approche indicielle, visant à investir dans la totalité du marché pour en obtenir le rendement moyen, à faible coût.

On définit enfin un ou plusieurs objectifs d'épargne. On peut alors suivre la progression de ces objectifs, ainsi que de la répartition des actifs.

À partir de là, ça se fait tout seul! Au bout d'une semaine, tous les petits montants sont additionnés et la somme est retirée du compte-chèques qu'on a fourni. C'est cet argent qui est ensuite investi par Mylo, en respectant la répartition des actifs correspondant au profil d’investisseur.

Parmi les différentes options que permet l'application, on retrouve :

  • Mise sur pause du retrait hebdomadaire des sommes
  • Augmentation de l'argent investi chaque semaine par un facteur 1 à 10
  • Don de l'argent épargné à des organismes de charité, avec reçus pour l’impôt
  • Ajouter ou retirer des fonds à tout moment, sans frais additionnel



Combien ça coûte?

Le service d'arrondissement automatisé coûte 1$ par mois. Des frais peuvent aussi être chargés par la banque lorsque l'argent est pris du compte-chèques lié : il faut valider votre forfait bancaire pour s’assurer des montants. Du côté de l'application, les dépôts et les retraits n'entraînent ni frais, ni commission.

Les fonds négociés en Bourse, dans lesquels l’épargne est placée, ont toujours des frais de gestion. On ne paie pas ces frais directement : ils sont déduits à la source sur les rendements, comme cela serait fait si on investissait par nous-mêmes de toute manière. À l'heure actuelle, les fonds utilisés comportent entre 0.07% et 0.38% de frais de gestion. (Par exemple, 100$ investis coûteront entre 0.07$ et 0.38$ par année.)



Mon verdict

Suite à mon évaluation de l'application, j'en suis arrivé aux points suivants :

Points positifs

1. Simple à utiliser
L'application est facile à installer. Il y a plusieurs questions à répondre pour créer un compte, mais ça se fait sans difficulté. Une fois le tout configuré on n’y touche plus. 

2. Frais de gestion peu élevés
Le service investit dans des fonds négociés en Bourse : dans ce cas-ci, les fonds Vanguard, qui comportent des frais de gestion inférieurs à 0.38%. Si on compare avec les frais souvent élevés (plus de 2%) des fonds mutuels ou encore les commissions et frais d'un conseiller en placements, Mylo permet d'économiser beaucoup à long terme. 

3. Service à la clientèle efficace
J’ai eu à communiquer avec le service à la clientèle pour régler un problème de connexion à ma banque. J’ai pu le faire en laissant un message directement dans l’application. Un agent m’a répondu et ma situation s’est réglée dans le temps de le dire.

4. Plusieurs banques et caisses supportées
Au moment d’écrire ces lignes, il y a 21 établissements financiers par Mylo : les grandes banques (BMO, Scotia...), les plus petites banques (comme Tangerine), les caisses Desjardins et certains émetteurs de cartes de crédit (Capital One, Canadian Tire…). Ce nombre ira en augmentant.


Points négatifs

1. Pas de rétroaction ou de notifications
Une contrepartie à l'avantage de l'automatisation : on n'est pas tenus au courant de ce qui se passe! J'aurais apprécié des notifications (optionnelles) pour, par exemple, me signifier le montant qui est prélevé de mon compte-chèques, ou encore pour me dire où j'en suis avec mon objectif d'épargne. À l'heure actuelle, il faut ouvrir l'application pour obtenir ces informations.

2. Versements inégaux et imprévisibles
Le montant épargné correspond aux arrondissements. Difficile donc de prévoir leur valeur et surtout leur fréquence! Il peut aussi être ardu de faire les calculs pour savoir quand on va atteindre notre objectif.
Mise à jour 8/6/2018 : La dernière mise à jour de l'application rend possible les transferts périodiques fixes. On peut donc combiner avec l'arrondissement pour un même objectif.

3. Pas de comptes CÉLI ou REÉR
Tous les investissements sont effectués dans un compte régulier, donc les revenus sont imposables. Au mois de mars, Mylo envoie les relevés avec les dividendes, les gains et les pertes en capital réalisés durant l'année précédente. Il faut par la suite ajouter ces montants à la déclaration de revenus. Dans un CÉLI ou un REÉR, on n'a pas à déclarer ces revenus.

4. Divulgation des mots de passe bancaires
Pour connecter nos comptes bancaires et nos cartes de crédit, il faut fournir à Mylo nos identifiants (nom d'usager et mot de passe). Mylo utilise les mêmes standards de sécurité que les banques, ce qui est rassurant. Toutefois, si jamais on se retrouve victime d'une fraude (pas nécessairement liée à Mylo), les banques pourraient refuser de nous dédommager. 


Et maintenant?

Le concept de l'application est intéressant : automatiser l'épargne et l'investir à peu de frais. L'exécution est bien réalisée et correspond avec la nouvelle vague des technologies financières (fintech) qui rejoint les jeunes d'aujourd'hui. L'investissement en Bourse devient ainsi plus accessible. La compagnie reçoit également du support dans la communauté d'affaires, notamment de Desjardins Capital.

Personnellement, ma philosophie d'épargne n'est pas tout à fait alignée avec celle de Mylo : alors que je préconise l’automatisation en amont de l’épargne dès que le chèque de paie est déposé, ce que Mylo fait est situé plus en aval, puisque l'argent est retiré après avoir effectué des achats. Je préfère encore mieux définir le montant à épargner, plutôt que de laisser cela au hasard, et profiter des avantages du CÉLI et du REÉR. Je pense que je pourrais continuer à utiliser Mylo mais seulement pour complémenter mon épargne déjà existante.

Si vous cherchez une façon simple et techno d'automatiser vos économies ou de donner à votre organisme préféré en intervenant le moins possible dans le processus, je vous invite à jeter un coup d'œil à Mylo. En cliquant sur ce lien, vous recevrez 5$ en bonus lorsque vous aurez ouvert un compte et déposé un premier montant. Il suffit de quelques minutes pour démarrer le processus!



mardi 11 juillet 2017

Le régime enregistré d'épargne-études - Comment ça fonctionne?

Dans un billet précédent, j'ai parlé des raisons pour lesquelles on voudrait investir dans un régime enregistré d'épargne-études (REÉÉ). Maintenant, comment ça marche? Quelles sont les règles de base à appliquer? Comment est-ce que je peux m'y prendre?

Principes de base du REÉÉ

Dans un REÉÉ, deux parties sont impliquées : le souscripteur et le bénéficiaire.

  • Le souscripteur est la personne qui ouvre le compte et qui y contribue. Un compte peut être ouvert par deux souscripteurs (compte conjoint). C'est le souscripteur qui prend les décisions sur la gestion des avoirs, des retraits et des investissements.
  • Le bénéficiaire est celui qui bénéficiera de l'argent accumulé dans le REÉÉ pour son éducation postsecondaire. Il s'agit généralement de l'enfant du souscripteur mais cela peut également être un enfant qui n'est pas le sien, un proche, un ami, ou vous-même.

Il existe donc plusieurs combinaisons possibles : les parents qui ouvrent un compte pour leur enfant, un oncle qui veut aider aux études de son neveu, des amis proches d'un couple qui veulent donner un coup de main, un étudiant qui travaille durant son secondaire et qui veut épargner pour le cégep et l'université...

De plus, il existe plusieurs types de comptes, voici les deux principaux:

  • Le compte individuel ne comporte qu'un seul bénéficiaire. Ce n'est pas nécessairement un membre de la famille du souscripteur. Il est aussi possible de changer le bénéficiaire du compte par un autre enfant. Si celui-ci est le frère ou la sœur du premier, ou s’il est dans la famille directe du souscripteur, les contributions sont simplement réattribuées sans compter dans la limite des contributions du nouveau bénéficiaire. Dans le cas contraire, cela compte comme de nouvelles contributions.
    • Exemple 1 : J’ai un REÉÉ ouvert pour mon neveu. Une fois adulte il choisit de ne pas aller aux études. Je peux changer le bénéficiaire pour sa sœur qui est encore au secondaire. Les contributions ne font que changer de nom.
    • Exemple 2 : Monique ouvre un REÉÉ pour le fils d’une amie, qui choisit de ne pas aller aux études en fin de compte. Monique décide donc de changer le bénéficiaire pour sa propre fille. Les contributions ne font que changer de nom.
    • Exemple 3 : Stéphane a ouvert un compte pour sa fille. Plus tard, il choisit de changer pour son neveu. Puisque ce n’est ni le frère de sa fille, ni son propre enfant, l’argent du compte devient une nouvelle contribution pour le neveu.
  • Le compte familial peut soutenir plusieurs bénéficiaires. Cependant, ceux-ci doivent absolument être liés au souscripteur par un lien familial (biologique, par alliance ou par adoption. Ceci inclut les enfants, les petits-enfants ainsi que les frères et sœurs du souscripteur. On peut ajouter ou retirer des bénéficiaires n'importe quand, par exemple si le couple a un autre enfant ou encore se sépare.

Il est aussi important de noter que plusieurs comptes peuvent être ouverts pour un même bénéficiaire par plusieurs souscripteurs : par exemple, les parents et les grands-parents ouvrent des comptes séparés pour les mêmes enfants. Les subventions sont alors réparties selon les montants qui sont versés dans chaque compte. Cependant, les limites de subventions par année et de cotisations totales sont globales pour chaque bénéficiaire et non par compte. Une bonne communication est alors très importante car des pénalités s’appliquent au même titre que les REÉR et les CÉLI. Il vaut peut-être mieux garder cela simple : un petit cadeau aux parents à la fête de l'enfant, par exemple?



Comment contribuer?

Tout d’abord, les souscripteurs et les bénéficiaires doivent posséder un numéro d'assurance-sociale (NAS). Les formulaires à remplir pour l’enfant nouveau-né peuvent être complétés à l’hôpital après la naissance, ce qui simplifie grandement le processus. Sinon, on peut se référer au site de Service Canada pour effectuer une demande.

L’avantage principal du REÉÉ est le versement de subventions provenant des gouvernements du Canada et du Québec. En guise de rappel, les principales subventions sont les suivantes :


Pour profiter des subventions liées au REÉÉ, le bénéficiaire doit avoir 17 ans ou moins à la fin de l'année civile dans laquelle la contribution est effectuée. Passé cet âge, le REÉÉ peut quand même être utilisé mais il n'y aura plus de subventions gouvernementales.

À chaque année, on peut verser jusqu’à 2500$ en contributions qui seront éligibles aux subventions gouvernementales. On peut contribuer davantage dans une année, mais les subventions ne seront pas plus élevées. Dans le cas où le 2500$ n’est pas utilisé au complet dans une année, le restant est reporté aux années suivantes. Le souscripteur peut alors rattraper jusqu'à deux ans (5000$) de contributions éligibles en une seule année.

Par exemple, ma sœur et son conjoint ouvrent un compte REÉÉ pour mon neveu en 2017, alors que celui-ci est né en 2015. Déjà, trois ans de subventions sont accessibles (2015, 2016 et 2017). Ils pourront verser jusqu'à 5000$ de contributions éligibles par année, jusqu’à ce que les droits de contributions des années précédentes soient écoulés.

Un enfant québécois pourra recevoir un maximum de 10 800$ de subventions gouvernementales, ce qui correspond à 36 000$ en contributions du souscripteur. Aussi, un maximum de 50 000$ par bénéficiaire peut être déposé dans tous ses comptes REÉÉ. Si le maximum est dépassé, une pénalité de 1% par mois est imposée, tant qu’on ne retire pas l'excédent en remplissant les formulaires appropriés. Ceci ne compte évidemment pas les profits réalisés, mais seulement les contributions. (C'est le même principe pour les REÉR et les CÉLI.)



Et une fois aux études, comment retirer?

Ça y est, le moment de la graduation est arrivé! Notre enfant, devenu adolescent, est maintenant prêt à poursuivre ses études au-delà du secondaire. Le REÉÉ peut maintenant être utilisé. Mais dans quelles situations?

Les critères pour que les montants du REÉÉ soient versés au bénéficiaire ne sont pas très restrictifs. Celui-ci doit être inscrit à un programme d’études admissible, ou avoir 16 ans et être inscrit à un programme de formation déterminé. Le gouvernement du Canada utilise les définitions suivantes :
  • "Un programme d’études admissible est un programme de formation postsecondaire d'une durée minimale de trois semaines consécutives qui exige que l'étudiant consacre 10 heures ou plus par semaine aux cours ou aux travaux."
  • "Un programme de formation déterminé est un programme de niveau postsecondaire d'une durée minimale de trois semaines consécutives, qui exige que l'étudiant consacre au moins 12 heures par mois aux cours."

Cela s'applique donc au cégep, à l'université ainsi qu'à diverses écoles de métiers. Cela peut être au Québec, au Canada et même à l'étranger. Les cours à distance peuvent aussi être admissibles. La notion de programme déterminé implique que les études à temps partiel peuvent être éligibles.

La distinction entre "admissible" et "déterminé" peut sembler vague mais celle-ci détermine les montants par année qui peuvent être versés au bénéficiaire.

Les montants versés sont divisés en deux catégories : les contributions et le reste, qui comprend les subventions du gouvernement et les profits sur les placements. Dans le cas des contributions, aucun impôt n’est prélevé lorsqu’elles sont retirées du compte. Dans le second cas, les montants s’ajoutent au revenu annuel de l’étudiant et sont donc imposables.

Le gouvernement nomme « paiement d’aide aux études » (ou PAE) le fait de verser à un étudiant un montant provenant des subventions et des contributions. Pour des études à temps plein (programme admissible), le paiement est limité à 5000$ pendant les 13 premières semaines de l’inscription. Après cela, il n’y a pas de limite. Pour des études à temps partiel (programme déterminé), la limite est fixée à 2500$ par période de 13 semaines qui précède le moment de la demande.

Un paiement d’aide aux études (PAE) peut être versé jusqu'à 6 mois après la fin de l'inscription au programme d'études.

Il n’y a aucune limite au montant de contributions qui peuvent être retirées en même temps qu’un paiement d’aide aux études. Il est cependant préférable de puiser dans les subventions et les contributions en premier, parce que l’étudiant paie généralement peu ou pas d’impôt en début d’études.

Tous les montants qui sont versés à l'étudiant n'ont pas à être utilisés pour les études. En effet, ils peuvent servir à payer n'importe quoi, que ce soit le loyer, l'épicerie, les voyages, une voiture... Aucun reçu n'a à être produit, dans le mesure où la demande est « raisonnable ». L’Agence du revenu du Canada mentionne sur son site qu’elle n’exige pas de justifications particulières si la demande de PAE est pour un montant inférieur à environ 23 000$.



Et si l'enfant ne va pas aux études?

Une des raisons pour lesquelles des parents hésitent à ouvrir un REÉÉ est la probabilité que leur enfant ne poursuive pas ses études au-delà du secondaire. Dans cette situation, on a plusieurs options :
  1. Attendre un peu. Le compte peut être ouvert pendant 35 ans : on ne sait jamais, peut-être que l’enfant changera d'idée?
  2. Transférer les montants à un autre bénéficiaire. Un transfert à un autre bénéficiaire proche (frère, sœur) n'entraîne pas de conséquences fiscales.
  3. Transférer les montants dans le REÉR du souscripteur, si l'espace est disponible.
  4. Transférer les montants dans le régime enregistré d’épargne-invalidité (REÉI) si le bénéficiaire est admissible à cause d’un handicap ou d’une invalidité.
  5. Faire don des profits du REÉÉ à un collège ou une université. Dans un tel cas, aucun impôt n'est exigible et un reçu pour don est remis.

Bien entendu, la fermeture du compte peut être aussi envisageable, mais elle n’est pas sans conséquence. Les subventions sont remboursées aux gouvernements. Les contributions sont rendues au souscripteur. Cependant, le reste des montants (les profits) sont imposés comme un revenu, mais avec un taux majoré de 20%! Il vaut donc la peine de considérer les autres options avant d'en arriver là.


Comment puis-je faire fructifier mon REÉÉ avant son utilisation?

Les possibilités d'investissements dans un REÉÉ sont multiples. On peut choisir d'y aller avec de simples comptes d'épargne, des certificats de placements garantis, des fonds communs, des actions... Presque toute la gamme de produits financiers est accessible.

Dans un prochain billet, je ferai un tour des options disponibles dans différentes banques et institutions financières.



Références

Puisque les règles du REÉÉ sont nombreuses, je vous invite à consulter la section REÉÉ du site de l'Agence de revenu du Canada pour de plus amples informations. Un bon résumé est aussi présenté sur le site d'Emploi et Développement Social Canada.

lundi 20 mars 2017

Le régime enregistré d'épargne-études - En ouvrir un ou pas?

Mon filleul va bientôt avoir un an et demi : le temps passe vite! Bientôt, ça sera sa première journée d'école, puis son secondaire et puis... ensuite? On ne peut prévoir quels seront ses projets futurs, mais on peut s'y préparer. L'épargne pour les études d'un enfant peut commencer longtemps à l'avance, même dès l'année de sa naissance!

Dans un billet d'octobre 2013, j'ai brièvement discuté du régime enregistré d'épargne-études (REÉÉ). C'est un programme d'épargne enregistré, qui permet d'investir des sommes qui pourront croître à l'abri de l'impôt, un peu comme le REÉR et le CÉLI. Les souscripteurs (généralement les parents) peuvent ainsi économiser de l'argent pour le bénéficiaire (le futur étudiant). Les règles sont toutefois bien particulières.


Pourquoi est-il bon de cotiser à un REÉÉ?

La raison principale est l'existence de subventions gouvernementales au Québec et au Canada:

D'autres programmes pour les familles à plus faible revenu offrent des subventions supplémentaires, comme le Bon d'études canadien.

Ainsi, pour chaque 100$ cotisé, les gouvernements du Canada et du Québec rajoutent au minimum 30$. C'est donc un retour de 30% garanti! Très peu de placements offrent ce genre de rendement.

Un autre avantage important du REÉÉ est celui de la croissance à l'abri de l'impôt. Comme avec le REÉR, lorsque l'argent est investi dans un compte enregistré, il n'y a pas d'impôt à payer sur les profits qui sont générés. La différence est que les profits sont imposables seulement à leur retrait et ce, aux taux applicables pour l'étudiant à ce moment. Ces taux sont généralement très faibles, voire nuls, car l'étudiant n'a généralement pas de gros revenus et profite de crédits d'impôts pour les frais de scolarité.

Plusieurs parents doivent débourser une grande majorité des dépenses de leurs enfants lorsqu'ils sont aux études : frais de scolarité, livres, loyer, épicerie, etc. En commençant tôt à épargner pour les études de leur enfant, les obligations financières des parents sont moins grandes une fois les études commencées. De plus, les besoins en prêts étudiants sont également amoindris, ce qui signifie moins de dettes une fois les études terminées.

  
Quand n'est-il PAS bon de cotiser à un REÉÉ?

Le REÉÉ a beau être un régime très avantageux, il ne devrait cependant pas être priorisé par rapport aux autres obligations financières des parents.

Puisque c’est un compte dédié à l’épargne-études, il ne devrait servir qu’à l’aide financière du bénéficiaire aux études. Pour retirer les fonds sans pénalité, il faut fournir une preuve de fréquentation scolaire. Les montants sont alors versés à l’étudiant. Le retrait des profits et subventions sont également limités à 5000$ durant la première session.

Si le souscripteur décide de fermer le compte, on récupère les contributions sans pénalité mais les profits sont imposés avec une pénalité additionnelle de 20% et les subventions doivent être remboursées aux gouvernements. Mais si le compte a moins de 10 ans d’existence, on ne récupère que les contributions. Il faut donc faire attention : le REÉÉ n’est pas un compte de banque ordinaire.

Il y a ainsi plusieurs situations pour lesquelles une cotisation au REÉÉ devrait être remise à plus tard : l'enfant est trop vieux pour bénéficier des subventions associées au REÉÉ, si les parents ont trop de dettes, un budget insuffisant, des besoins d'épargne non atteints (ex: épargne-retraite).

Avec ces quelques lignes directrices, vous pouvez donc décider si vous allez ouvrir un REÉÉ pour votre enfant et combien vous y épargnerez à chaque année. Dans un prochain billet, j'aborderai les types de comptes REÉÉ et les investissements qu'on peut y placer.



Références

HOLMAN, Mike. (2010) The RESP Book: The Simple Guide to Registered Education Savings Plans for Canadians. Toronto, Money Smarts Pub.


mercredi 4 janvier 2017

L'après-RAP et mon épargne-retraite

Le temps passe vite! Cela fera deux ans en mai prochain que j'ai utilisé le Régime d'accession à la propriété dans le but d'acheter le terrain sur lequel nous nous sommes construits.

Ce programme fédéral permet d'effectuer un emprunt sans intérêts des sommes détenues dans un Régime enregistré d'épargne-retraite (REÉR) lorsqu'on désire acheter une première résidence. Chaque membre d'un couple d'acheteurs peut emprunter jusqu'à 25 000$ de son REÉR. Les sommes peuvent servir à n'importe quoi, mais on s'entend qu'elles iront généralement sur la maison!

La période de remboursement du RAP commence dans la deuxième année qui suit celle durant laquelle les fonds ont été retirés : puisque j'ai fait mon retrait en mai 2015, c'est dans ma déclaration de revenus 2017 que je vais déclarer mes remboursements. Pour ce faire, je vais déposer des sommes dans mon REÉR comme j'avais l'habitude de le faire. Cependant, les remboursements au RAP ne me donneront pas droit à un retour d'impôts : je l'ai déjà reçu une fois au moment de la cotisation initiale!

Je dispose de 15 ans pour rembourser la totalité des montants empruntés grâce au RAP, à raison d'un minimum de 1/15e de la somme à tous les ans. C'est un prêt sans intérêts : je ne me presserai donc pas de le rembourser plus vite, puisque j'ai d'autres dettes plus coûteuses (comme l'hypothèque!). Je garde cependant en tête que si je ne rembourse pas le minimum dû dans une année, la somme manquante sera ajoutée à mon revenu de l'année et je devrai alors payer plus d'impôts.


Un nouveau départ pour mon épargne-retraite

Au moment du RAP, j'avais liquidé tous les placements de mon REÉR pour mettre l'argent dans un compte d'épargne. Maintenant que je dois rembourser mon REÉR, je vais en profiter pour répartir ces sommes dans des investissements à long terme.

J'utiliserai une approche indicielle, tel que j'en avais parlé dans un billet précédent. Je veux investir dans l'ensemble du marché pour profiter de la croissance globale des entreprises cotées en Bourse.

J'ai donc acheté des parts dans le Fonds d'investissement Tangerine - Croissance d'actions. Ce fonds commun de placements investit à parts égales dans des actions canadiennes, américaines et internationales.

Le processus est simple. J'ai d'abord fourni quelques informations personnelles, dont mon numéro d'assurance-sociale. Ce numéro est important puisque c'est de cette façon que Revenu Canada peut faire un suivi de mes placements enregistrés, autant pour le REÉR que pour le CÉLI. Ensuite, la banque m'a demandé des informations sur mon emploi, mon salaire, ma valeur nette.

J'ai aussi répondu à un questionnaire de tolérance au risque, requis par la loi, qui permet à la banque de me suggérer un fonds de placements adapté à mon profil. Dans mon cas, je ne prévois pas toucher les sommes avant plus de 10 ans et je suis tolérant aux risques du marché : on m'a donc proposé le fonds Croissance d'actions. Il est toujours possible de modifier ses réponses pour obtenir une autre suggestion, le questionnaire étant quelque peu subjectif...

Après avoir déterminé la source de mon placement initial, j'ai également mis en place un Programme d'épargne automatique, qui me permettra d'acheter des parts dans le fonds de façon périodique automatiquement.

Et voilà, je n'ai plus qu'à laisser les choses aller. Je sais que la valeur de mes placements variera de jour en jour, mais comme j'ai une vision à long terme, je ne m'inquiète pas. Je peux me concentrer sur d'autres aspects, comme la maison!

lundi 11 novembre 2013

Utiliser son REÉR pour les études ou pour une maison

Le principal objectif du REÉR est d'économiser pour la retraite. Cependant, le gouvernement a tenu bon de créer deux régimes dérivés qui permettent d'emprunter à son propre REÉR, sans payer d'impôt, pour l'acquisition d'une première résidence ou encore pour entreprendre des études à temps plein.



a) Le régime d'accession à la propriété (RAP)

Depuis janvier 2009 il est possible d'emprunter jusqu'à 25 000$ de son REÉR lors de l'achat ou la construction d'une première maison. L'acquisition doit avoir lieu au plus tard le 1er octobre de l'année civile qui suit le retrait. Par la suite, après deux ans de grâce, le contribuable doit rembourser la somme remboursée sur 15 ans, sans intérêts. Dans le cas contraire, le montant dû pour l'année s'ajoute au revenu de la personne et devient imposable. Les droits de cotisations équivalents sont alors perdus.

Pour être admissible, l'acheteur ne doit pas avoir possédé de maison au cours des cinq années civiles avant la date du retrait. Un couple peut retirer un maximum de 50 000$ (25 000$ par conjoint), pourvu que les deux personnes deviennent conjointement propriétaires de la maison.

Pour pouvoir être "rappées", les contributions au REÉR doivent avoir été effectuées plus de 90 jours avant la date du retrait. Ce détail est particulièrement important lorsque l'acheteur effectue un prêt REÉR pour cotiser avant de "rapper". C'est une stratégie très populaire, surtout chez les jeunes couples qui veulent augmenter leur mise de fonds initiale. Le coût du prêt REÉR s'ajoute alors à celui du RAP et de l'hypothèque ainsi qu'aux divers coûts inhérents à l'acquisition d'une maison (taxes, rénovations, entretiens, imprévus...) Dans la mesure où ces coûts sont bien connus, cela peut devenir une stratégie intéressante.

Une alternative intéressante est le CÉLI-RAP. Voici l’exemple de Patrick et Stéphanie, qui montre les diverses façons d’utiliser le CÉLI, le REÉR et le RAP pour donner un coup de pouce à la mise de fonds :
Patrick et Stéphanie veulent s’acheter une maison dans cinq ans. Présentement, ils n’ont aucun montant dans leurs REÉR ni dans leurs CÉLI. Patrick travaille à temps plein mais son taux d’imposition actuel est faible, ce qui fait en sorte que l’utilisation du CÉLI est préférable. De son côté, Stéphanie est aux études et travaille à temps partiel. Elle s’attend à décrocher un emploi bien payé dans son domaine dans deux ans. Elle souhaite alors épargner 10 000$ par année.
Patrick a déjà 7000$ de côté et veut épargner 3000$ par année. En janvier 2014, il investit donc 7000$ dans un fonds équilibré prudent CÉLI qui lui rapportera en moyenne 5% par année. À chaque mois de janvier, il déposera 3000$ de plus dans le fonds. À la fin de la cinquième année (décembre 2018), il se retrouvera avec 25 511$, dont 6511$ en gains non imposables. À l’approche de la date du dépôt de sa mise de fonds sur la maison (mais avec plus de 90 jours de marge de manoeuvre) il retirera 25 000$ des épargnes de son CÉLI et les déposera dans un compte-d’épargne REÉR. Ayant maintenant un taux d’imposition de 38%, il récupèrera 25 000 x 38% = 9500$ en retour d’impôts.
Lorsqu’elle s’est trouvé un emploi dans son domaine, Stéphanie a également investi dans un fonds équilibré à l’intérieur de son REÉR, à raison de deux fois 10 000$ (en janvier 2017 et janvier 2018). Avec ses retours d’impôts de 3800$ chaque année, elle a contribué à son CÉLI dans le même fonds équilibré. En décembre 2018 elle se retrouve donc avec 21 525$ dans son REÉR et 8180$ dans son CÉLI.
Voici donc le résultat, juste avant de déposer la mise de fonds pour la maison :

S’ils décident de “rapper” le montant total de leurs REÉR, Patrick et Stéphanie disposeront de 64 716$ pour la mise de fonds, pour seulement 39 000$ d’économie. Pas mal!
Ils devront cependant rembourser leurs REÉR sur 15 ans, mais à un taux d’intérêt nul, ce qui est mieux que de rajouter l’équivalent à la valeur de l’hypothèque. Ils auront peut-être même pu éviter les coûts de l’assurance-prêt de la SCHL!

b) Le régime d'encouragement à l'éducation permanente (REÉP)


Pour favoriser le retour aux études postsecondaires, le gouvernement fédéral a mis en place le REÉP en 1999.  Le principe du REÉP est le même que celui du RAP, en ce sens qu'il permet d'emprunter jusqu'à 10 000$ par année, pour un maximum de 20 000$ en quatre ans, afin de suivre une formation ou de retourner aux études à temps plein. Le régime peut s'appliquer pour soi-même ou pour un conjoint. Pour un couple, c'est donc un maximum de 40 000$ sur quatre ans qui peut être utilisé.

Le remboursement des sommes empruntées se fait sur une période maximale de 10 ans, en versement égaux. Il débute à la plus rapprochée de ces deux dates : la deuxième année suivant la dernière année d'inscription à un programme de formation admissible; la cinquième année suivant l’année du premier retrait.

Un contribuable peut profiter de ce régime autant de fois qu'il le désire, à condition d'avoir remboursé entièrement le solde des retraits précédents.


Est-ce une bonne idée?

Le but du REÉR est d'épargner en vue de la retraite. Est-il ainsi valable de puiser dans ce régime pour financer d'autres projets?

Il existe un "coût d'opportunité" à l'utilisation du RAP et du REÉP. En effet, puisque les sommes ne sont plus présentes dans le REÉR, elles ne croissent plus à l'abri de l'impôt et le processus d'intérêt composé est ralenti. Cependant, considérant que cette manoeuvre permet l'acquisition d'un actif pouvant prendre de la valeur avec le temps et permettant d'avoir un toit sur la tête ou alors d'un niveau d'éducation supérieure pouvant améliorer ses conditions de travail, cela peut en valoir le "coût"!

Il faut également considérer que ce n'est pas nécessairement l'emprunt au REÉR qui peut nuire à notre planification vers l'indépendance financière, mais bien le projet lui-même. Sans RAP ou REÉP, le projet serait davantage financé par un emprunt (hypothèque ou prêt étudiant) dont les intérêts auront un impact négatif sur la retraite. Il est préférable d'évaluer (ou de faire évaluer par un planificateur financier) la possibilité du projet dans nos conditions financières actuelles. Une fois le projet validé, il s'agira de trouver la manière la plus efficace de le financer.

vendredi 18 octobre 2013

Les régimes d'épargne-étude et d'épargne-invalidité

Dans mon billet précédent, j'ai fait mention des deux principaux types de régimes enregistrés : le régime enregistré d'épargne-retraite (REÉR) et le compte d'épargne libre-d'impôt (CÉLI). Le gouvernement fédéral a également créé deux autres régimes enregistrés pour des buts bien précis : l'éducation et le support d'un enfant handicapé.

1. Le régime enregistré d'épargne-études (REÉÉ)

Ce régime est le moyen idéal offert aux nouveaux parents pour économiser l'argent nécessaire aux études postsecondaires de leurs enfants. Les sommes investies croissent à l'abri de l'impôt. Lors du retrait, elles sont imposées selon le taux d'imposition de l'enfant et non celui des parents. Ce détail est particulièrement intéressant compte tenu que les étudiants ne paient généralement que peu ou pas d'impôts.

Un avantage majeur du REÉÉ tient dans les subventions gouvernementales qui y sont rattachées. En effet, la Subvention canadienne pour l'épargne-études (SCEE) ajoute 20% aux cotisations annuelles (maximum 500$ par année, 7200$ à vie) jusqu'à l'âge de 17 ans. Un supplément additionnel est accordé aux familles à faible revenu. Le Bon d'études canadien (BEC) ajoute, pour les enfants nés en 2004 et après, 500$ la première année et 100$ pour les 15 années suivantes. Enfn, l'Incitatif québécois à l'épargne-études (IQEE), en vigueur depuis 2007, prend la forme d'un crédit d'impôt remboursable versé directement dans un REÉÉ. Il correspond à 10% des cotisations nettes versées durant une année (maximum 250$), majoré pour les personnes au revenu familial net peu élevé.

Il existe trois types de REÉÉ :
  • Individuels : Traditionnels ou autogérés, ces régimes sont assignés à un seul enfant. Ils peuvent cependant être transférés à un des enfants suivants si le premier ne poursuit pas d'études postsecondaires. Il n'y a aucune limite d'âge pour le bénéficiaire. N'importe qui peut ouvrir un REÉÉ individuel pour un enfant, que ce soit les parents, les grands-parents, les oncles et tantes, les amis de famille...
  • Familiaux : Semblables aux régimes individuels, mais assignés à plusieurs bénéficiaires. Ils doivent toutefois être liés par les liens du sang ou de l'adoption. L'âge limite des bénéficiaires est de 21 ans. Seuls les parents peuvent ouvrir ce type de REÉÉ.
  • Collectifs : Offerts par des fondations à but non lucratif qui gèrent alors les fonds amalgamés pour un bon nombre de bénéficiaires. On peut nommer jusqu'à trois bénéficiaires par famille (trois bourses d'études) et remplacer un bénéficiaire par un autre. Les régimes collectifs sont généralement moins flexibles mais peuvent offrir certains avantages.
Que se passe-t-il si l'enfant assigné au REÉÉ ne poursuit pas d'études après son secondaire? Le capital (cotisations) peut alors être retiré sans pénalité fiscale et est remis au souscripteur (celui ou ceux ayant ouvert le compte). Les revenus accumulés peuvent à certaines conditions être transférés dans le REÉR du souscripteur ou de son conjoint si les cotisations disponibles le permettent (limite de 50 000$). Les revenus non transférés au REÉR sont imposés et frappés d'une pénalité de 20%. Les subventions sont retournées aux gouvernements (mais pas les revenus engendrés) sauf s'il est possible de nommer un nouveau bénéficiaire.

2. Le régime enregistré d'épargne-invalidité (REÉI)

Ce régime a été créé en 2008 pour permettre d'investir des fonds à l'abri de l'impôt afin d'assurer la sécurité financière à long terme d'un enfant ayant une invalidité. Ici encore, le gouvernement fédéral accorde différentes subventions selon le revenu de la personne qui cotise (la personne handicapée ou sa famille) pouvant aller jusqu'à 3500$. Il verse également un bon en surplus pouvant atteindre 1000$ par année pour les famille au revenu modeste, qu'il ait cotisation ou non. Les subventions et bons sont versés jusqu'à ce que le bénéficiaire atteigne 49 ans, à condition qu'ils soient maintenus dans le REÉI pendant au moins 10 ans.

Les régles associées au REÉI sont plus souples, notamment lorsque le compte est ouvert lorsque le bénéficiaire est jeune. Les retraits se font généralement entre 60 et 80 ans mais des dispositions permettent de retirer les sommes avant sans avoir à rembourser les subventions.


Ces deux régimes ne sont pas offerts partout. Sur cette page de Revenu Québec, vous trouverez les organismes et institutions financières offrant le REÉÉ. Pour ce qui est du REÉI, une liste est disponible sur le site de Revenu Canada.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site web de Revenu Canada aux pages sur le Régime enregistré d'épargne-étude et sur le Régime enregistré d'épargne-invalidité.

jeudi 10 octobre 2013

Les régimes de retraite 3 - Régimes individuels

Les régimes publics ont été couverts dans la Partie 1 alors que les régimes d'employeurs ont été vus dans la Partie 2. Dans cette troisième partie, je discuterai des régimes individuels tels que le REÉR et le CÉLI. 

Octobre est le Mois de la planification financière de la retraite. Je vous invite à visiter le site de Question Retraite. Le site contient une foule de renseignements et d'outils pour vous aider dans votre planification. Vous pouvez entre autres vous inscrire au Défi 10%, qui vous incite à épargner 10% de votre salaire net pour la retraite.

Voyons maintenant les régimes individuels, dernier palier de notre pyramide de la retraite.

Pyramide de la retraite. Tirée de Plamondon et Sauvé.
(Cliquez pour agrandir)


Les régimes individuels

En tant que troisième palier de notre pyramide de la retraite, les régimes individuels permettent de compléter l'ascension vers l'indépendance financière. Le choix des composantes de ce palier revient à la personne elle-même, qui peut bien sûr recevoir l'aide de conseillers financiers et d'institutions financières pour en effectuer la gestion.

a) Enregistrés ou non?

Un régime enregistré est un contrat déposé à l'Agence de revenu du Canada (ARC) selon lequel un épargnant investit en vue d'atteindre un objectif précis. La croissance de l'argent épargné se fait alors à l'abri de l'impôt, à condition que certaines règles soient suivies notamment en ce qui concerne les retraits. Les régimes enregistrés les plus connus sont le régime enregistré d'épargne-retraite (REÉR) et le compte d'épargne libre d'impôt (CÉLI). J'ai déjà parlé de ceux-ci dans un billet précédent.

Il est important de rappeler que les régimes comme le REÉR et le CÉLI ne sont pas des produits financiers mais bien une façon de gérer un ensemble de produits financiers. On peut les imaginer comme des contenants que l'on peut remplir ensuite avec des produits comme des comptes d'épargne, des fonds communs, des actions, des certificats de placement garanti...

Les sommes investies dans un régime enregistré, peu importe le produit financier choisi, croissent donc à l'abri de l'impôt. Le caractère exponentiel des intérêts composés prend alors plus de force. Voyons ensemble un exemple, avec graphique à l'appui.


(Cliquez pour agrandir)

Supposons qu'une personne verse 5000$ par année dans son REÉR, qu'elle est imposée à 40% et que le rendement annuel de ses placements est de 8%.

Sur le graphique ci-dessus, la courbe bleue représente la croissance de son REÉR avant impôts. Au bout de 25 ans, ses placements auront une valeur d'environ 365 500$.

La courbe verte montre le résultat si les placements sont dans un compte non enregistré. Après impôts, ce sont 3000$ qui sont investis chaque année au lieu de 5000$. De plus, le rendement est aussi imposable : il sera de 4.8% au lieu de 8% (voir mon commentaire dans mon billet sur l'inflation). Après 25 ans, la valeur des placements ne sera que de 139 300$.

La courbe rouge montre la situation après impôts pour le REÉR. Si, après 25 ans, tout le REÉR était retiré, l'investisseur paierait 40% d'impôts et aurait 219 300$ dans ses poches.

Plus le temps avance, plus l'écart se creuse. C'est ce genre de graphique qui montre la force des intérêts composés et l'importance d'épargner très tôt dans la vie.

b) Le régime enregistré d'épargne-retraite (REÉR)

C'est le plus connu des régimes enregistrés. Créé en 1957, c'est le véhicule par excellence pour la préparation de la retraite. C'est un régime à impôts différés, ce qui signifie que le gouvernement nous permet d'investir des dollars non imposés (d'où le fameux retour d'impôts) à condition qu'on paie les impôts lors du retrait des sommes. Le REÉR est donc avantageux notamment lorsque notre taux d'imposition est plus élevé durant nos années de travail qu'au moment de la retraite.

Pour une année donnée, on peut cotiser à un REÉR jusqu'à 60 jours après le début de l'année suivante (1er mars ou 29 février). La contribution au REÉR réduit notre revenu imposable, ce qui entraîne une économie d'impôts. Il est aussi possible de reporter cette déduction à une année future.

Il n'y a pas d'âge minimal pour cotiser à un REÉR : il suffit d'avoir des revenus d'emplois et un numéro d'assurance-sociale. Le plafond des cotisations est fixé chaque année par l'ARC : il est de 18% de nos revenus bruts de l'année (moyennant quelques facteurs de correction) pour un maximum en 2013 de 23 820$. Un 2000$ additionnel à vie est permis, mais sans donner droit à une réduction du revenu imposable. Il n'est pas du tout avantageux de cotiser davantage, puisque chaque dollar au-dessus de notre plafond personnel de cotisation est imposé à 1% par mois et ce, jusqu'à ce que l'argent en trop soit retiré.

Il existe plusieurs types des REÉR :
  • REÉR de fonds communs de placements gérés par des professionnels du milieu financier;
  • REÉR autogérés où l'investisseur choisit lui-même ses produits financiers et les montants investis;
  • REÉR collectifs (tel que vus dans la Partie 2);
  • Fonds de travailleurs (FTQ, CSN).

Il est possible de cotiser dans le REÉR de son conjoint. Après deux ans, les contributions appartiennent alors en droit à ce dernier. Avant cela, si elles sont retirées, elles sont imposées au nom du conjoint qui a fait le dépôt : c'est ce qu'on appelle les règles d'attribution. L'objectif de ce genre de manoeuvre est de fractionner les revenus et d'équilibrer le plus possible les taux d'imposition des deux conjoints.

Il est également possible d'effectuer un emprunt à court terme dans le but de cotiser à un REÉR. Il faut alors faire attention à ce que les frais d'intérêts du prêt ne viennent pas annihiler les bénéfices du REÉR. C'est une stratégie souvent mise de l'avant par les institutions financières. La raison la plus fréquente est pour "RAPper", soit profiter du Régime d'accession à la propriété (RAP), dont je parlerai dans un prochain billet.

c) Le compte d'épargne libre d'impôt (CÉLI)

Créé en 2009, le CÉLI est un régime complémentaire au REÉR. On y cotise avec de l'argent déjà imposé, mais celui-ci croît à l'abri de l'impôt et n'est pas non plus imposé lors du retrait. Sur le graphique plus haut, cela correspond à la courbe rouge. C'est donc dire que pour un taux d'imposition constant, le REÉR et le CÉLI s'équivalent.

Le nom "compte d'épargne libre d'impôt" porte malheureusement à confusion car plusieurs types d'investissements sont éligibles à faire partie d'un CÉLI, pas seulement les comptes d'épargne.

L'âge minimal pour cotiser est de 18 ans (aucun âge maximal). Il n'est pas nécessaire d'avoir des revenus d'emploi pour cotiser mais il faut produire tout de même une déclaration de revenus. À chaque année, le plafond de cotisation augmente d'un certain montant (5000$ de 2009 à 2012, 5500$ en 2013). Cela signifie qu'en 2013, le plafond total maximal est de 25 500$. Comme le REÉR, toute cotisation excédentaire est imposée à un taux de 1% par mois.

Par contre, contrairement au REÉR, il est possible de retirer des fonds d'un CÉLI sans conséquence fiscale et à n'importe quelle fin. Le montant retiré donne de nouveaux droits de cotisation équivalents l'année suivante (mais pas avant). Cela signifie que si mes cotisations CÉLI sont épuisées et que je retiré 100$ cette année, je ne pourrai remettre ce 100$ que l'année suivante.

Il n'est pas possible de cotiser au CÉLI de son conjoint. Cependant, un montant peut être donné à celui-ci pour qu'il contribue à son propre CÉLI. Les règles d'attribution comme celles du REÉR ne s'appliquent pas.

L'utilisation du CÉLI peut donc être facilement combinée avec celle du REÉR pour la plupart des gens. Il s'agit de peser les avantages et inconvénients de chacun et de bien cerner nos objectifs d'épargne. Une règle est toutefois à garder en tête : il vaut généralement mieux investir dans un régime enregistré avant de le faire de façon non enregistrée à cause de l'économie d'impôts et de la croissance plus rapide permise par les régimes enregistrés.

d) Les comptes non enregistrés

Comme nous l'avons vu, les investissements réalisés sous des régimes enregistrés ont l'avantage de croître à l'abri de l'impôt. Cependant, si nos droits de cotisation sont épuisés, il est nécessaire de se tourner vers les investissements non enregistrés.

Les choses se compliquent alors un peu lorsqu'il vient le temps de remplir une déclaration de revenus. En effet, les gains et pertes en capital, les dividendes et les intérêts sont taxés de manière différente :
  1. Les gains et pertes en capital : Lorsque la vente d'un actif rapporte plus que ce qu'il en a coûté, on est en situation de gain de capital. La moitié de la valeur de ce gain est imposable. Si par contre il y a perte, celle-ci vient réduire la somme des gains de l'année. La déduction pour la perte peut ensuite être reportée aux trois années précédentes ou à n'importe quelle des années suivantes.
  2. Les dividendes : Lorsqu'on possède une part dans une compagnie (via des actions), il arrive que celle-ci retourne ses profits aux investisseurs sous la forme de dividendes. Les dividendes de compagnies canadiennes bénéficient d'un allègement fiscal : grosso modo, puisque les impôts ont déjà été payés par la compagnie avant la distribution des profits, un calcul est effectué pour que l'investisseur ne se retrouve pas à payer cet impôt en double. Un tel traitement fiscal ne s'applique pas aux dividendes de compagnies étrangères.
  3. Les intérêts : Produits par des contrats de placement (comptes d'épargne, certificats de placement garantis, obligations, bons du Trésor, etc.), ceux-ci sont imposables à 100%. L'impôt doit être payé pour l'année où les intérêts sont versés.
Il existe d'autres régimes enregistrés qui viennent combler un besoin autre que celui de la retraite : il s'agit du régime enregistré d'épargne-études (REÉÉ) et le régime enregistré d'épargne-invalidité (REÉI). Nous en discuterons dans le prochain billet.

mardi 6 août 2013

Épargner petit à petit

On connaît bien le dicton québécois "C'est avec des cents qu'on fait des piastres!" (quoique maintenant on parlerait plutôt de cinq sous). C'est avec de petites sommes qu'on obtient de plus grosses sommes. C'est l'essence même de l'épargne.  Voici donc quelques façons pour y arriver.


Une manière simple et facile d'épargner est de suivre le principe du "Payez-vous d'abord". Ce concept a été popularisé par l'auteur canadien David Chilton dans son livre Un barbier riche (voir références). L'idée est de mettre automatiquement de côté une partie de son salaire avoir d'avoir pu la dépenser. Cela paraît brutal mais, la plupart du temps, il n'y a aucun effet indésirable sur la qualité de vie : on s'habitue à ne pas avoir cette somme à sa disposition. Il suffit ensuite d'investir ces épargnes et de ne plus y toucher à moins d'en avoir réellement besoin.

Une autre façon d'épargner petit à petit est de modifier certaines de ses habitudes de vie pour ensuite mettre la différence de coût dans une jarre ou un compte d'épargne. Par exemple, on peut faire une grosse quantité de pâté chinois pour faire ses propres lunchs et mettre de côté l'équivalent d'un dîner au resto.  On peut aussi faire son propre café au bureau au lieu d'aller acheter un venti-latté-double-crème-fouettée-sirop-de-caramel chez Starbucks. Ainsi, économiser 5$ par jour permet d'amasser plus de 100$ en un mois. Au bout d'un an, la jarre contiendra plus de 1200$ (vous devriez peut-être la vider plus souvent que ça). En prime, c'est meilleur pour le tour de taille!

Il y a bien sûr d'autres manières d'économiser : satisfaire ses besoins sans excès, se limiter à un budget fixe, négocier régulièrement ses forfaits de téléphonie cellulaire, de télévision et d'Internet, effectuer des recherches sur un article pour dénicher le meilleur prix... En plus d'acquérir de bonnes habitudes de consommation, cela permet de ramasser des sous pour ce projet qui tient tant à coeur ou encore pour couler ses vieux jours à l'abri des tracas.


Automatiser et simplifier sans frais

Heureusement, plusieurs outils bancaires sont à notre disposition pour nous aider dans notre démarche d'épargne. Dans mon cas, j'ai réglé un transfert automatique entre mes comptes pour que, lorsque ma paie est déposée, 10% de celle-ci va directement vers mon compte d'investissement CÉLI. Une autre portion est également automatiquement allouée à mon fonds d'urgence. Le processus est très facile à initier et je n'ai plus à m'en soucier par la suite car tout se fait tout seul.

J'aime bien aussi l'option Petits ¢ompromis de l'application mobile d'ING Direct. J'ai notamment ajouté une entrée "Faire mon propre lunch" qui me permet de transférer 5$ de mon compte-chèques vers mon fonds d'urgence en quelques secondes. L'application permet également de faire un suivi de l'argent ainsi économisé et de savoir combien la somme de ces petites épargnes rapportera dans cinq et 25 ans avec les intérêts.

Par ailleurs, une autre façon d'économiser est de faire affaire avec une banque sans frais, comme ING Direct. Ceci permet de réaliser des économies importantes par rapport aux frais de service des grandes banques. Les taux d'intérêt plus élevés sur les comptes d'épargne aident également à faire travailler notre argent, grâce à la magie de l'intérêt composé.


Références

CHILTON, David. (1997, c1993). Le barbier riche : le bon sens appliqué à la planification financière. Saint-Laurent, Éditions du Trécarré, 211 pages.
CHILTON, David. (2012). Le retour du barbier riche : visiblement plus vieux et légèrement plus sage, David Chilton offre son point de vue sur le monde de l'argent. Montréal, Logiques, 227 pages.

Ces deux ouvrages sont des incontournables pour les débutants en matière de finance personnelle. Le premier livre, écrit sous la forme d'un roman, est très difficile à trouver car il n'est plus imprimé. Certaines librairies ont encore la version anglophone en stock mais vous aurez plus de chances à votre bibliothèque municipale. Sinon, le second livre du même auteur, paru plus récemment et tout aussi humoristique, reprend les mêmes thématiques. Il est disponible en librairie, en ligne (en français et en anglais) ainsi qu'en bibliothèque.